Le conflit en cours entre les États-Unis, Israël et l’Iran contribue directement à la volatilité des prix du pétrole, ce qui se traduira probablement par une hausse des factures de chauffage et d’électricité pour de nombreux Américains. Même si les effets immédiats sont plus prononcés pour ceux qui dépendent du mazout, l’impact s’étendra aux consommateurs de gaz naturel et d’électricité dans les mois à venir. Ce n’est pas simplement une question de fluctuations du marché ; l’instabilité géopolitique perturbe les lignes d’approvisionnement énergétique critiques, créant une conséquence prévisible, quoique indésirable.
Le Chokepoint : le détroit d’Ormuz
L’un des principaux facteurs de cette hausse des coûts est la perturbation potentielle du transit du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) à travers le détroit d’Ormuz. Cette voie navigable étroite, située au sud de l’Iran, traite environ 20 % du commerce mondial du pétrole, soit environ 20 millions de barils par jour en 2024. Toute entrave à ce flux, que ce soit par une action militaire ou des manœuvres politiques, fait immédiatement monter les prix. Les prix du GNL en Europe ont bondi de 50 % en seulement 48 heures alors que les tensions s’intensifiaient, illustrant la rapidité et la gravité de cet effet.
Le conflit a poussé les prix du pétrole brut d’environ 70 à 80 dollars le baril jusqu’à un sommet de 119 dollars avant de s’établir autour de 86 dollars, démontrant la volatilité rapide introduite par le risque géopolitique. Cette instabilité n’est pas théorique ; les consommateurs le ressentent déjà.
Qui sera le plus durement touché ?
Environ 5 millions de foyers américains, principalement dans le Nord-Est, dépendent du mazout comme principale source de chaleur en hiver. Ces consommateurs ont déjà connu des hausses de prix et devraient s’attendre à de nouvelles hausses de 1 $ à 1,35 $ le gallon à court terme. Si le temps plus froid que d’habitude intensifie la demande, les prix pourraient dépasser 5 $ le gallon avant la fin de la saison de chauffage.
La majorité des Américains utilisant du gaz naturel et de l’électricité connaîtront les impacts à partir de fin mars ou avril, à mesure que les effets se répercuteront sur toute la chaîne d’approvisionnement énergétique. La guerre en Iran est le principal catalyseur, et non un facteur lointain.
Réserves stratégiques : une solution temporaire ?
En réponse, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) et le gouvernement américain ont annoncé leur intention de libérer ensemble 572 millions de barils de leurs réserves stratégiques de pétrole – la plus grande libération jamais réalisée. L’administration du président Trump contribuera à hauteur de 172 millions de barils, à la suite d’un prélèvement similaire sous le président Biden en 2022 pour contrer la hausse des prix résultant de la guerre en Ukraine.
Cependant, les experts sont sceptiques quant à l’efficacité à long terme de cette mesure. Bien que les libérations de réserves puissent temporairement faire baisser les prix (la publication de Biden en 2022 a abaissé les prix du gaz de 0,17 $ à 0,42 $ le gallon), elles ne résolvent pas le choc fondamental de l’offre créé par le conflit. La réserve stratégique de pétrole des États-Unis est déjà 40 % inférieure à sa capacité, avec 415 millions de barils restants.
Le marché comprend que ces réserves constituent une ressource limitée et que les gouvernements agiront pour stabiliser les prix ; cette connaissance limite l’impact des rejets.
Efficacité énergétique : ce que les consommateurs peuvent faire
Dans ces circonstances, les consommateurs peuvent prendre des mesures pour atténuer la hausse des coûts. Des ajustements simples, comme abaisser les réglages du thermostat de 7 à 10 degrés pendant huit heures par jour, peuvent permettre d’économiser jusqu’à 10 % sur le chauffage et la climatisation. Des mesures supplémentaires incluent le scellement des courants d’air autour des portes, la maximisation de l’exposition au soleil pendant la journée, l’entretien des systèmes de chauffage et l’utilisation stratégique des radiateurs. Ces mesures n’élimineront pas l’impact financier, mais elles peuvent le réduire.
La situation reste fluide et fortement dépendante de la durée et de l’intensité du conflit en Iran. La libération de réserves stratégiques est un remède à court terme, mais une perturbation durable des approvisionnements énergétiques mondiaux se traduira inévitablement par une hausse des prix pour les consommateurs.
