Des scientifiques reprogramment les cellules tumorales pour combattre le cancer de l’intérieur

9

Des chercheurs de l’Institut avancé des sciences et technologies de Corée (KAIST) ont développé une nouvelle thérapie anticancéreuse qui transforme les cellules immunitaires déjà présentes à l’intérieur des tumeurs en puissants tueurs de cancer. Cette percée contourne les limites de l’immunothérapie actuelle en reprogrammant directement les propres macrophages du corps, éliminant ainsi le besoin d’extraction et de modification cellulaires coûteuses et longues.

Le défi des tumeurs solides

Les tumeurs solides, comme celles trouvées dans les cancers du poumon, du foie et de l’estomac, sont notoirement difficiles à traiter. Leur structure dense empêche les cellules immunitaires de pénétrer et d’attaquer efficacement les cellules cancéreuses. Bien que de nombreuses immunothérapies soient prometteuses contre les cancers du sang, leur efficacité contre les tumeurs solides est limitée.

Les macrophages – cellules immunitaires qui engloutissent et détruisent les substances étrangères – sont apparus comme une solution potentielle. Contrairement à certaines autres cellules immunitaires, les macrophages peuvent consommer directement les cellules cancéreuses et également activer les réponses immunitaires voisines. Le problème ? Les thérapies CAR-macrophages actuelles nécessitent d’extraire les propres cellules immunitaires d’un patient, de les modifier génétiquement en laboratoire, puis de les réintroduire. Ceci est coûteux, lent et peu pratique pour une utilisation généralisée.

Une nouvelle approche : la reprogrammation in situ

L’équipe KAIST a contourné ces obstacles en développant une méthode pour reprogrammer les macrophages associés aux tumeurs directement dans le corps . Leur solution se concentre sur les nanoparticules lipidiques – de minuscules vaisseaux que les macrophages absorbent facilement. Ces nanoparticules contiennent de l’ARNm codant pour des informations sur la reconnaissance du cancer, transformant efficacement les macrophages en « CAR-macrophages » ciblant le cancer, ainsi qu’un composé stimulant le système immunitaire qui amplifie leur activité.

Une fois injectés dans une tumeur, les macrophages engloutissent l’agent thérapeutique et commencent à produire des protéines de reconnaissance du cancer tout en activant simultanément les voies de signalisation immunitaire. Cela crée des “CAR-macrophages améliorés” dotés de capacités accrues de destruction du cancer et de la capacité de rallier les cellules immunitaires environnantes pour une attaque plus forte.

Résultats d’études sur les animaux

Dans les modèles animaux de mélanome, l’une des formes de cancer de la peau les plus mortelles, la croissance tumorale a été considérablement réduite. Surtout, la réponse immunitaire s’est étendue au-delà de la tumeur injectée, indiquant le potentiel d’une protection systémique plus large.

Selon le professeur Ji-Ho Park, chercheur principal, cette étude introduit un nouveau paradigme pour la thérapie cellulaire immunitaire. Il souligne qu’il surmonte les principales limites des thérapies CAR-macrophages existantes : l’efficacité de l’administration et le microenvironnement tumoral immunosuppresseur.

L’étude a été publiée dans ACS Nano et soutenue par la Fondation nationale de recherche de Corée. La recherche constitue une étape prometteuse vers des traitements contre le cancer plus efficaces et plus accessibles.

Cette approche représente un passage des modifications coûteuses en laboratoire à la reprogrammation dans le corps, révolutionnant potentiellement l’immunothérapie des tumeurs solides. La capacité d’exploiter les macrophages existants associés aux tumeurs pourrait réduire considérablement les coûts de traitement et améliorer l’accessibilité pour les patients du monde entier.